© Le Tangram
Interview / Reportage

La Compagnie KonfisKé(e) en résidence

Du 14 au 18 décembre, Carine Piazzi fondatrice de la compagnie KonfisKé(e) et le chef d'orchestre et violoniste Oswald Sallaberger étaient en résidence au Tangram pour travailler sur leur prochaine création "Flaubert illuminé".

À l'occasion de cette résidence dans nos murs, nous en avons profité pour poser quelques questions à Carine Piazzi.

• Pouvez-vous nous parler de la genèse du projet et de son sujet ?
 
Le désir de la création Flaubert Illuminé est né de notre rencontre à Oswald Sallaberger et moi-même. Nous nous sommes retrouvés autour de l’amour de la musique ; le brillant parcours d’Oswald et son désir de renouer avec les formes scéniques ont fait écho à mon début de parcours en tant qu’assistante à la mise en scène dans l’opéra auprès de Philippe Arlaud et sont venus renouveler un choc esthétique de jeunesse.
Des nombreux échanges sur nos pratiques et nos désirs respectifs, nous avons fait le choix de porter à quatre mains sa dernière œuvre : Trois contes.
 
• 2021 sera l’année Flaubert. Nous fêterons le bicentenaire de la naissance de l’écrivain normand. Pourquoi avoir choisi cet artiste et de mettre en lumière sa dernière œuvre « Trois contes » ?

TROIS CONTES passe pour beaucoup comme une œuvre frôlant la perfection, elle incarne une sorte de synthèse parfaite des œuvres fleuve de Flaubert de par son écriture concentrée, alors qu’il s’attache à un genre littéraire considéré à son époque comme moins noble que le roman. Trois contes est une œuvre fascinante qu’il aura passé plus de trente années à documenter et à peaufiner pour bâtir notamment La Légende de Saint-Julien L’Hospitalier et qui vient clore sa vie d’artiste. Elle intrigue comme si elle était la clé de voute de l’œuvre de Flaubert.
 
• Pour la musique vous avez également choisi un immense artiste Ludwig Van Beethoven, pouvez-vous nous en dire plus ?

Les deux ne se sont évidemment jamais rencontrés mais Flaubert était parfois convié dans les salons particuliers de Rouen ou de Paris pour écouter de la musique de chambre. Il était proche de la société philharmonique de Rouen qui faisait connaitre aux rouennais les quatuors à cordes de Beethoven. Il est donc très probable que Flaubert ait « rencontré » l’opus 131 dans ce cadre.
De nombreux points communs existent entre ces deux œuvres. Elles sont toutes les deux des œuvres de « fin de vie » on y sent une véritable expérimentation sur la forme. Il plane une lumière quasi mystique. Flaubert et Beethoven auront composé et écrit des œuvres majeures tant par leurs sujets que par leurs formes tout au long de leur vie, ici c’est comme s’ils nous en livraient la substantifique moelle.
Les deux formes, le conte et le quatuor, portent en elles une grande simplicité, un geste libéré malgré la contrainte et qui puise sa force évocatrice dans l'épure et le labeur de toute une vie de création et de génie.
Nous souhaitons les faire dialoguer afin de créer un spectacle où la musique et le théâtre s’enchevêtrent. Un spectacle d’expression, de recherche, de voyage.
 
• Pour votre nouvelle création, vous vous basez sur le processus de création de Gustave Flaubert qui avait pour habitude d’hurler son texte. Pourquoi avoir choisi cette pratique ?
 
Effectivement pour donner corps et éprouver son texte, l’auteur avait pour habitude de le faire passer par l’épreuve du « gueuloir ». Cette pratique nous est apparue résolument moderne et subversive. Résolument contemporaine et musicale.
Ce processus de travail est à la croisée des arts. La fièvre perfectionniste de Flaubert le poussait à relire son texte en le proférant, en le « gueulant », cela nous amène directement au théâtre ! Enfin la musique accompagne la musicalité des mots, la puissance imagée des phrases. Quand Flaubert hurle son texte, Beethoven lui, atteint de surdité, entend et compose le quatuor de l’intérieur, tout se fait dans le silence auquel il est contraint, c’est totalement bouleversant. Ces deux processus sont à l’opposé et c’est de là que nait notre désir de faire spectacle.
 
Pouvez-vous nous en dire plus sur « Trois contes » de Gustave Flaubert : « Un cœur simple », « La Légende de Saint-Julien L’Hospitalier » et « Hérodias » ?
L’adaptation de Trois Contes vient explorer toutes les situations de jeu qu’offrent ces trois récits. Il s’agit d’une traversée profonde, sensible et saisissante à laquelle nous voulons donner corps. Nous passons du naturalisme avec Un cœur simple et la figure de Félicité jeune bonne sans savoir, un diamant brut de bonté, au biblique à travers les figures de Saint Jean-Baptiste, Hérodias et Salomé, enfin le récit surnaturel de la légende de Saint-Julien L’Hospitalier qui emprunte aux mythes d’Œdipe et de Narcisse.
 
Quelle est la scénographie imaginée pour cette nouvelle création ?
Le travail de la scénographe, du créateur lumière et de la créatrice costumes s’articulera autour du lien que l’homme entretient à la nature et à la mystique notamment par la présence d’éléments minéraux porteurs de magie, de sensible, de merveilleux.
 
A quelle date est prévue la création ?
Nous jouerons notre première le 8 octobre au théâtre Charles Dullin de Grand Quevilly dans le cadre du festival Terres de Paroles puis en tournée.

• Pouvez-vous nous présenter la Compagnie KonfisKé(e) ?

La Compagnie KonfisKé(e) est basée à Rouen et est conventionnée Émergence par la ville de Rouen  De ma double culture franco-italienne je m'interesse aux écritures venues d’ailleurs, et incarnées au plateau par des acteur.ices représentatifs d'une population métissée. Très influencée par la danse contemporaine et les arts plastiques je cherche à faire un théâtre qui part du plateau où le rêve et l’imaginaire, le pragmatique et le sublime vont s’entrechoquer. Un travail sur le fantasme, les pulsions mettant en valeur le jeu organique de l'acteur. Je m’intéresse notamment aux textes qui portent en eux différents types de narrations et de théâtralités possibles. Comme souvent ce qui guide mes choix de textes ce sont tout d’abord l’écriture et ses thématiques – le passage à l’âge adulte, celui de la décision, de la prise de position, du libre-arbitre, de la transcendance de soi – mais également la rythmique et la musicalité de l’écriture.

Ma première création J’ai remonté le fleuve pour vous ! de Ulrich N’toyo a vu le jour au Collectif 12 en janvier 2020 puis en Normandie. En février je pars au Cameroun pour la mise en scène de Balle au centre d’Éric Delphin Kwégoué à l’Institut Français de Douala. Puis je continuerais mon exploration des écritures contemporaines avec Taxiwoman du même auteur qui sera créé en 2022-2023.

Parallèlement je mène plusieurs actions artistiques au long cours notamment Ici et Aujourd’hui – Paroles adolescentes au Quai des Arts d’Argentan avec un groupe de lycéens en option théâtre.

Et à partir de janvier j'ai la joie d'être d'artiste associée à la Scène Conventionnée Le Passage à Fécamp pour 4 ans je vais pouvoir continuer et développer ce travail de territoire et de création. C'est une grande chance !

 

 

 


Publié le 18 décembre 2020

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