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LE COLLECTIF LA BANDE À LÉON EN RÉSIDENCE

Découvrez les images de la résidence et l'interview de la metteuse en scène Audrey Bertrand

 

Du 16 au 20 novembre, le Collectif La Bande à Léon a investi l'auditorium du Cadran pour travailler sur sa prochaine création écrite par Vhan Olsen Dombo. Un projet qui parle d'un sujet que personne ne peut ignorer, les supermachés. Une pièce écrite à partir de témoignages recueillis. Une pièce intemporelle et d'actualité !

 

À l'occasion de la résidence du Collectif La Bande à Léon dans nos murs, nous en avons profité pour poser quelques questions à Audrey Bertrand, metteuse en scène de cette nouvelle création.

 

• Pouvez-vous nous raconter la genèse du projet ?

Le 15 juin 1963 le premier hypermarché de France ouvre ses portes à Sainte-Geneviève des bois. Une sorte de révolution pour tous, une promesse de pouvoir acheter une diversité de produits à des prix réduits. L’accessibilité à la consommation, enfin ! Le supermarché, devient un lieu magique, où tout est possible, où chacun se rencontre dans des rayons remplis de produits, de couleurs, d’affiches publicitaires.
Une soixantaine d’année après, nos générations se questionnent sans cesse sur la bonne façon de consommer, l’impact écologique, le traitement de l’humain, les conséquences de cette surconsommation. On voit aujourd’hui la déshumanisation se créer par ces géants du commerce, trop de produits, entourés de trop de plastique, nos yeux sont fatigués de voir autant. Publicité constante, étagères de consommables, obligation du bonheur, manque d’échange avec autrui, tout se mélange dans nos têtes. Le mot résonne : VIOLENCE. Violence sociale, violence écologique, solitude, questionnements.

Je suis fascinée depuis toujours par l’immensité des supermarchés et des centres commerciaux, l’infini des propositions. C’est un endroit que je trouve particulièrement inspirant en terme d’esthétique, de couleurs : ses étalages de consommables, ses montagnes de conserves, ses bruits, ses habitudes. J’aime m’imprégner de cette atmosphère que j’aimerais amener à la scène. Ce lieu si commun et extraordinaire à la fois est toujours resté marqué dans mon imaginaire.
En mai dernier, la DRAC et le Théâtre Brétigny - scène conventionnée d’intérêt national arts et humanités propose un CLEA, un contrat local d’éducation artistique et culturelle. Le thème : L’altérité, le théâtre y rajoute la notion de violence avec comme support cette phrase de J-P. Sartre qu’on ne connait que trop bien : « La violence c’est les autres ». Un lieu obsédant me revient en tête constamment, le supermarché. C’est un lieu où l’autre est présent, c’est un lieu qui m’apparaît avec une violence sourde, insidieuse. Convaincue que la création et l’action territoriale vont de paires, je propose une réflexion autour des supermarchés lieu commun à tous comme base de nos ateliers et notre prochaine création. Le supermarché est finalement à mon sens le reflet criant de notre société actuelle.   

 

• Que symbolise pour vous le supermarché ?

Le supermarché est le reflet de notre société. A mes yeux il dessine l’infini des possibilités, l’immensité.
Je trouve qu’il représente un réel paradoxe. Il est sociétal. C’est un lieu de rencontres, un lieu où toutes les religions et les classes sociales se croisent. C’est un lieu de sortie indispensable pour certains. C’est un lieu où se joue une multitudes d’histoires. On y rencontre, on essaie parfois d’échanger quelques mots, on essaie de retrouver l’humain malgré le trop, le trop d’humain, on y entend des bribes de conversations, on tente de se regarder. On se retrouve, on discute.
Il est devenu aujourd’hui et en France notamment un lieu de vie. Il permet de se divertir, de se nourrir. On peut maintenant faire réchauffer nos plats et s’asseoir pour déjeuner par exemple.
Mais c’est aussi ce lieu (entre autres) qui aujourd’hui nous pose problème. Il faut arrêter de consommer nous dit-on, il faut privilégier les circuits courts, il faut arrêter le plastique, notre planète meurt, il faut réagir ! Stop à la surconsommation et à ces grands supermarchés...Oui, Mais comment ?
Tous âgés d’une trentaine d’années, il s’agit pour moi de questionner notre rapport à cette société. Notre société de consommation. C’est une interrogation que je ne cesse d’entendre actuellement, et qui atteint beaucoup de personnes, aujourd’hui nous parlons même d’éco-anxiété, phénomène qui traduit une angoisse quant au sort de la planète, ainsi que notre responsabilité en tant qu’être humain mais aussi en tant que consommateur.
Le supermarché représente donc aussi la surconsommation, le suremballage, de la surproduction, l’exploitation humaine et animale...
Les supermarchés sont partout et seront le point de départ de notre création.

 

• 3 mots pour décrire le supermarché ?

Consommation, couleurs, immensité.

 

• Pouvez-vous nous parler de l’enquête de satisfaction que vous allez mener ?

L’enquête de satisfaction a déjà commencé il y a un an. Nous avons créé notre propre enquête avec les codes graphiques de celles qu’on peut trouver dans le commerce : des smileys, des notes à donner, et parfois un peu plus de demandes d’explications.
Nous sommes allés aux abords des commerces, et dans la rue nous avons abordés les passants pour comprendre leurs rapports aux lieux de consommation et à leur société, à l’autre, à la violence environnante.
Je voudrais questionner les violences, tous types de violence par le prisme de notre société de consommation et plus particulièrement celui du supermarché, de l’hypermarché et pourquoi pas du centre commercial.
Elle est le point de départ de notre création et de nos actions, ainsi nous voulons travailler pendant les deux années à venir sur le champ lexical de la consommation et celui de la violence.
Nous ne voulons pas imposer de visions du supermarché et de notre société mais partager, échanger, recueillir des propos de la matière pour ensuite créer. Le supermarché est un thème qui touche tout le monde, les témoignages, les anecdotes, les révoltes se font nombreuses et immédiates lorsque l’on aborde ce thème. Il nous suffit de prononcer le mot supermarché pour que les langues se délient, que nos habitudes d’êtres humains se racontent et très vite nous abordons nos paradoxes, nos ambivalences.
J’aime ici noter, que les questionnements sont nombreux et qu’ils se partagent facilement.
Cette enquête, qui ressemble grandement à une enquête sociologique, devrait se poursuivre tout au long de la création.

 

• Pouvez-vous nous présenter les artistes impliqués et leur rôle dans cette création ?

Cette semaine au Tangram était une toute première semaine de réflexion. L’équipe et les artistes impliqués dans cette création ne sont pas encore complétement définis.
Au théâtre il y avait :
- Vhan Olsen Dombo : auteur, poète, slammeur, artiste multi facette.
- Les comédiens.ne de La bande à Léon : Robin Betchen, Adrien Bourdet, Sylvain Lablée, Marine Maluenda, Noé Pflieger. (Et peut-être d’autres)

 

• Comment imaginez-vous la scénographie de cette création ?

C’est encore complètement flou. Le texte n’étant pas fini. Je préfère ne pas me fixer.

Je peux rêver et inscrire ici quelques bribes de mes rêves.
Par exemple, j’aimerais penser une esthétique entre fiction et réel, nous pouvons imaginer, une montagne de conserve, un étalage réel, un tapis roulant en le confondant par le biais de la vidéo notamment à un monde irréaliste, grotesque, grandiose. Nous travaillons avec Vhan et les comédiens de La bande à Léon autour des mythes, quand la réalité se confond avec le mythe, l’imaginaire. 
Cette mince frontière entre réalité et imaginaire pourrait également s’imaginer de la même façon pour le traitement du son par exemple : le bip des caisses, les musiques diffusées dans les hauts parleurs, les annonces, les roues des caddies ou paniers, pourront se déformer et distordre afin de créer une réelle mélodie.
J’imagine une scénographie reflet de nos chimères et de nos vies. La fiction, l’onirisme, le fantasme nous permettent de suspendre pour un temps l’horreur, la violence, la précarité du monde dans lequel nous vivons. Pour un temps. Le fantasme et la poésie nous permettent le recul nécessaire à nos questionnements.

 

• Est-ce que l’actualité liée aux commerces et aux biens non-essentiels a bousculé la création de votre spectacle ?

Je ne crois pas pouvoir dire que l’actualité a bousculé notre création mais elle nous pose question, elle nous pose réflexion.
Comment aborder ce sujet aujourd’hui sans parler de la Covid, du gel hydro alcoolique ? Et souvent même de l’extrême nécessité pendant trois mois de SORTIR et donc d’aller faire ses courses ? Il est évident que la Covid, et donc le confinement, ont énormément marqué notre société et que le supermarché est devenu un lieu essentiel, un lieu de sortie, un lieu de rencontres... Notre rapport à celui-ci a changé.

La question que nous nous posons aujourd’hui est : Faut-il en parler dans la pièce ? Faut-il y faire référence, simplement ? Ou au contraire avons-nous trop peu de recul aujourd’hui pour le mentionner ? Avons-nous et pouvons-nous parler d’autre chose ?
A ce stade de la création nous n’avons pas encore complètement la réponse.

 

• A quelle date la création est-elle prévue ?

Automne 2021

 


Publié le 19 novembre 2020

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